Un nouveau souffle pour les ACEP en 2018

Comment les Associations de Consommateurs d’Eau Potable (ACEP) peuvent-elles mobiliser des ressources financières durables en vue d’un fonctionnement autonome et efficace ? C’est la question de recherche sur laquelle les collègues de Protos Bénin ont décidé de se pencher via une « recherche-action ».

Créées à partir de 2012 pour impliquer la participation des communautés dans le secteur de l’eau potable, défendre les consommateurs d’eau potable et exprimer leurs préoccupations, les ACEP ne sont pas encore parvenues à jouer pleinement leur rôle.

Les défis des ACEP

Les ACEP souffrent de nombreux dysfonctionnements et ne parviennent pas à s’affirmer comme des acteurs incontournables du domaine de l’eau. Pourtant, elles répondent à un réel besoin dans le secteur. Les communes qui ont hérité de la gestion de l’eau, ont peu de moyens et ne sont pas encore efficaces : il n’est pas rare de voir des localités sans aucune source d’eau potable ou avec une source en panne ou mal entretenue.

Par ailleurs, les citoyens doivent être sensibilisés, informés sur les conséquences de l’absorption d’une eau de mauvaise qualité. En effet, même lorsqu’il y a une source d’eau potable à disposition, dont la qualité est assurée, l’eau est souvent mal transportée ou stockée et n’est plus nécessairement potable lors de la consommation. Encore trop de personnes préfèrent prendre de l’eau du marigot, d’un puit ouvert ou toute eau gratuite mais de qualité plus que douteuse, plutôt que de payer de l’eau potable.

La volonté, la capacité et la possibilité d’agir

Pour exercer leur rôle, les membres des ACEP doivent avoir la volonté, la capacité et la possibilité d’agir, que ce soit en termes de moyens, de légitimité ou de légalité. Or, l’ensemble de ces éléments font défaut à la plupart des membres de l’ACEP, et à l’association dans sa globalité. On note un problème de motivation : les membres n’y trouvent pas d’intérêt et rares sont ceux qui sont prêt à assumer le bénévolat.

Ensuite, de nombreux membres ont une mauvaise connaissance de leur rôle, de la vie associative, du secteur de l’eau (droits et obligations, etc). En outre, ils n’ont pas toujours la compétence nécessaire pour mener à bien leur tâche : plaidoyer, sensibilisation, rédaction de rapports, de plaintes, etc.

Quant à la possibilité d’agir, même si ça s’améliore pour certaines, les ACEP n’ont pas encore atteint une légitimité auprès des autres acteurs du service de l’eau. En plus, elles ont un réel problème de mobilisation de fonds, ce qui n'affecte pas seulement la motivation des membres, mais qui limite aussi très fortement les activités et leur visibilité.

Dès lors, l’objectif de Protos Bénin de renforcer les ACEP s’avère être une tâche complexe, d’autant plus que l’ONG est elle-même limitée en termes de moyens.

ACEP à Cobly

L’accompagnement de Protos Bénin

L’étape préalable et indispensable dans l’assise des ACEP était le remembrement puisque les mandats des membres élus avaient atteint leurs terme et que de nombreux membres étaient inactifs. Le remembrement était également l’occasion d’insuffler une nouvelle dynamique pour l’ACEP, d’élire des membres motivés, notamment en transmettant le bon message quant au rôle de l’ACEP, mais surtout au caractère bénévole. « On est là pour défendre notre communauté, chacun doit participer, » dit la Présidente de l'ACEP de Péhunco. « L’homme ne peut pas vivre sans eau. Je suis fière de pouvoir relayer l’information à ma communauté, les bonnes pratiques, » dit le Secrétaire de l'Arrondissement de Péhunco. 

Une fois remembrées, les ACEP sont « renforcées » (formations et accompagnement dégressif dans la réalisation des activités). Dans deux communes du Nord, des résultats positifs ont déjà pu être observés, notamment grâce à l’enthousiasme des membres ! Mais même si des problèmes pourront être résolus en tout ou en partie par cet accompagnement, cela ne sera pas suffisant pour permettre un fonctionnement efficace de l’ACEP.

La recherche-action pour aller plus loin et « out of the box »

Protos devra parallèlement penser « out of the box » (en dehors des cadres préétablis), notamment en faisant appel au processus de la recherche-action. Pour initier cette dynamique, les membres de Protos Bénin concernés par les ACEP, ainsi que le Chef de Service Eau de Lokossa se sont réunis à Dassa fin décembre 2017 pour analyser la situation et décider ensemble de l’orientation de la recherche-action et de la manière de la mettre en place. Elle sera mise en œuvre de manière participative avec les ACEP et les acteurs concernés du secteur de l’eau.

La problématique la plus importante de la recherche action a été décidée à l’unanimité : « Le financement des ACEP ». Pour faire face à cet épineux problème, il s’agit d’élaborer des stratégies dans le but d’activer différentes sources financières qui permettront aux ACEP de fonctionner de manière pérenne et autonome.

Remembrées, accompagnées, avec parallèlement le lancement d’une recherche-action afin que les ACEP puissent mobiliser des fonds de manière durable, cette année 2018 ne peut qu’apporter un nouveau souffle aux ACEP. Et pourquoi ne pas pousser l’optimisme jusqu’au bout et rêver pour 2018 d’un réseau permettant une représentation ACEP au niveau départemental ou même national ?